InVivo réinvente la gestion IT : un refus audacieux de l’ERP unique
Quand un groupe passe de 2 à 11,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires en une décennie, la question des systèmes informatiques devient stratégique. InVivo, acteur majeur de l’agriculture française, a fait un choix radical : refuser l’uniformisation au profit de la flexibilité. Une approche qui interroge les modèles traditionnels de gestion IT.
Une croissance fulgurante qui complexifie la gestion IT
Le groupe agricole InVivo emploie aujourd’hui 15 000 collaborateurs répartis dans 163 coopératives agricoles. Ses activités couvrent un large spectre : accompagnement des agriculteurs, négoce de céréales, secteur agroalimentaire et distribution avec des enseignes comme Gamm Vert et Jardiland.
Cette expansion rapide, alimentée par de nombreuses acquisitions, a engendré une mosaïque de systèmes informatiques. Chaque entité arrivait avec ses propres outils, créant un défi majeur d’intégration et de cohérence.
Le refus assumé de l’ERP unique
Contrairement aux recommandations classiques, InVivo n’a pas souhaité migrer l’ensemble de son infrastructure vers une solution unique. Le groupe juge cette approche incompatible avec ses besoins d’agilité et trop coûteuse pour l’organisation.
Résultat : le groupe opère simultanément plusieurs versions d’ERP SAP. On y trouve des systèmes ECC on-premise, ECC sur Hana, S/4Hana on-premise, S/4Hana cloud HEC, ainsi que S/4 Rise. Aucune migration massive vers S/4Hana n’est prévue à court terme.
Des coûts qui pèsent lourd dans la balance
Chaque modification ou mise à jour dans cet écosystème SAP diversifié représente des investissements considérables. Pour InVivo, ces dépenses ne se justifient que si elles apportent une réelle valeur en termes d’agilité et de compétitivité.
La maintenance propriétaire comme alternative économique
Pour réduire ses charges, le groupe a développé une stratégie de maintenance interne. Un exemple marquant : un système JDE fonctionnant sur AS/400 a été maintenu en interne pendant 23 ans.
InVivo explore également des alternatives à la maintenance traditionnelle proposée par les éditeurs, notamment via des prestataires comme Rimini Street. Cette approche permet de diminuer significativement les coûts de support.
Le dilemme de la cybersécurité
Cette stratégie comporte toutefois des risques en matière de sécurité informatique. Les correctifs de sécurité fournis par des tiers peuvent arriver avec des délais plus importants que ceux délivrés directement par les éditeurs.
Trois catégories de systèmes pour trois objectifs distincts
InVivo a structuré son infrastructure IT selon une classification tripartite, adaptée aux besoins spécifiques de chaque fonction.
Les systèmes support : la stabilité avant tout
Les ERP entrent dans cette catégorie. Leur mission : garantir efficacité et standardisation sur le long terme. Leur durée de vie dépasse généralement dix ans, privilégiant la fiabilité à l’innovation constante.
Les systèmes de différenciation : l’équilibre personnalisé
Ces outils reposent sur des progiciels best-of-breed, sélectionnés pour leur excellence dans un domaine précis. Ils autorisent une certaine personnalisation et suivent des cycles de renouvellement de 2 à 5 ans.
Les systèmes d’innovation : l’expérimentation agile
InVivo collabore avec des start-up pour tester rapidement de nouvelles solutions. Ces projets fonctionnent sur des cycles courts, de 3 à 12 mois, permettant d’expérimenter sans engager l’organisation sur le long terme.
Une philosophie qui défie les conventions
La stratégie d’InVivo questionne le modèle dominant de l’ERP centralisé. Le groupe privilégie une architecture distribuée, adaptée à la diversité de ses métiers et à la rapidité d’évolution de ses marchés.
Cette approche nécessite une gouvernance IT solide et une capacité d’arbitrage constante entre coûts, risques et bénéfices attendus. Un pari audacieux dans un secteur où la standardisation reste la norme.



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