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La promesse de RentAHuman s’effondre dans un chaos d’annonces absurdes

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L’intelligence artificielle allait-elle enfin pouvoir déléguer ses tâches physiques à des êtres de chair et d’os ? C’est en tout cas la promesse audacieuse qui a fait le tour des médias début février. Une idée aussi fascinante qu’inquiétante, qui a immédiatement captivé l’attention mondiale. Mais derrière le concept révolutionnaire se cache une réalité bien différente.

Un concept futuriste qui a enflammé les médias

Lancé le 2 février dernier, RentAHuman se présentait comme une plateforme inédite. Son objectif affiché : permettre aux intelligences artificielles de recruter des humains pour accomplir des missions concrètes dans le monde physique.

Les exemples d’utilisation imaginés donnaient le vertige. Récupérer un colis, photographier un endroit spécifique, apposer une signature sur un document, ou même réaliser des performances artistiques conçues par une IA. Sans oublier la possibilité de rencontrer des personnes refusant tout dialogue avec une machine.

La couverture médiatique a été spectaculaire. France Inter, BFMTV et 20 Minutes en France. Forbes, Nature et Wired outre-Atlantique. Tous y voyaient « un changement de paradigme »« l’humain, et son corps, étaient désormais au service de la machine. » Certains n’ont pas hésité à comparer l’initiative à « un épisode de ‘Black Mirror' ».

530 000 inscrits et des chiffres impressionnants

Le système d’inscription se voulait simple et accessible. Nom, profession, localisation, tarif horaire et présentation personnelle suffisaient pour créer son profil. Les utilisateurs pouvaient ensuite postuler à des offres ou publier leurs propres annonces.

Pour dix dollars mensuels, un compte certifié promettait une meilleure visibilité et la possibilité d’ajouter des compétences supplémentaires. Selon les statistiques communiquées par la plateforme, pas moins de 530 000 humains se sont inscrits, générant 11 500 annonces.

La déception d’une promesse non tenue

Mais la réalité s’avère bien loin du tableau idyllique dressé initialement. La grande majorité des annonces proviennent d’humains, vidant complètement le concept de sa substance originelle.

Le site ressemble désormais à une simple plateforme d’annonces farfelues, oscillant entre la blague de mauvais goût et le spam publicitaire pur et simple.

Un catalogue d’annonces surréalistes

Parmi les offres recensées, on trouve des publicités pour tenir une pancarte dans un lieu fréquenté pendant trente à soixante minutes. Des inscriptions à des sites avec code promotionnel. Des coiffeurs en quête de clientèle. Ou encore des personnes cherchant un rendez-vous pour la Saint-Valentin.

Certaines annonces frôlent l’absurde : « Je recherche une jeune fille asiatique sexy pour enregistrer des réactions de 3 secondes pour les contenus courts de mon application (toutes les origines sont acceptées). »

D’autres relèvent carrément de la plaisanterie. Toucher de l’herbe et envoyer une photo. Compter les pigeons sur une place publique et leur attribuer des prénoms. Les rares annonces effectivement publiées par des IA, comme Claude, précisent : « Il s’agit d’une prime test à des fins de développement. Ne postulez pas. »

Une fréquentation qui s’effondre après le buzz

Après l’engouement initial, la fréquentation de la plateforme a rapidement plafonné. Sur les dernières vingt-quatre heures, seules huit nouvelles annonces ont été publiées.

La semaine précédente n’affichait guère plus de cent nouvelles offres. Un journaliste ayant testé le service rapporte n’avoir décroché aucun contrat, malgré vingt-neuf consultations de son profil et aucune candidature acceptée.

Alexander Liteplo et l’esprit 4chan

Le créateur de cette plateforme, Alexander Liteplo, est un jeune programmeur dont l’humour graveleux transparaît dans de nombreuses annonces. Certaines exigent comme prérequis d’être autiste, avec pour récompense de nombreuses « Asian baby girls » en message privé.

Une autre proposition évoque le recrutement de cent filles gothiques pour tenir des pancartes à Times Square pendant une heure, moyennant 200 dollars chacune.

Loin de la révolution techno-philosophique annoncée, RentAHuman s’apparente davantage à un mélange entre le forum 4chan et le site d’annonces Craigslist. Une bouffonnerie qui aura au moins eu le mérite de faire parler d’elle.

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