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L’IA : milliards investis, mais croissance américaine peu boostée

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L’intelligence artificielle suscite un engouement financier sans précédent. Les géants de la technologie injectent des sommes colossales dans les infrastructures dédiées à cette révolution numérique. Pourtant, derrière ces chiffres vertigineux se cache une réalité économique bien plus nuancée que ce que l’on pourrait imaginer.

Des dépenses records qui ne dopent pas l’économie américaine

Amazon, Microsoft, Google, Meta et Nvidia ont déployé des centaines de milliards de dollars dans l’intelligence artificielle au cours de l’année 2025. Les prévisions pour 2026 sont encore plus spectaculaires : les cinq plus importantes sociétés technologiques américaines prévoient d’investir jusqu’à 700 milliards de dollars dans les infrastructures dédiées à l’IA.

Pourtant, selon Jan Hatzius, économiste en chef de Goldman Sachs, ces montants astronomiques n’ont eu « quasiment aucun » effet sur la croissance du produit intérieur brut américain. L’expert dénonce ce qu’il qualifie de « mauvaise interprétation généralisée » concernant l’impact réel de l’IA sur la croissance économique des États-Unis.

Un paradoxe comptable révélateur

Le spécialiste explique ce phénomène contre-intuitif par une réalité industrielle incontournable. « Beaucoup d’investissements dans l’IA aux États-Unis alimentent le PIB de Taïwan et de la Corée du Sud, mais pas vraiment celui des États-Unis », déclare-t-il.

La raison ? La majorité du matériel informatique nécessaire au fonctionnement des centres de données d’intelligence artificielle provient d’Asie. Puces électroniques, serveurs et autres composants essentiels sont importés principalement de Taïwan et de Corée du Sud.

Goldman Sachs précise qu’environ 75 % du coût total d’un centre de données IA est consacré à des composants venus de l’étranger. Dans la comptabilité nationale, ce mécanisme annule presque complètement l’effet positif de l’investissement, puisque l’importation associée vient en déduction.

Des analyses contradictoires sur l’impact économique

Cette vision pessimiste contraste fortement avec d’autres évaluations économiques. Jason Furman, professeur d’économie à Harvard, estimait que les investissements en informatique et logiciel représentaient 4 % du PIB, mais étaient responsables de 92 % de la croissance au premier semestre 2025.

De son côté, la Réserve fédérale de Saint-Louis calculait que les investissements dans l’intelligence artificielle pesaient 39 % de la croissance du PIB au troisième trimestre 2025. Un écart considérable avec les conclusions de Goldman Sachs.

Productivité : des gains encore invisibles

Au-delà des statistiques macroéconomiques, mesurer l’impact concret de l’IA sur les entreprises reste un véritable défi. Aucune méthode fiable n’existe actuellement pour évaluer comment l’utilisation de ces technologies se traduit en gains de productivité réels.

Une enquête menée auprès de 6 000 cadres aux États-Unis, en Europe et en Australie révèle que 70 % des entreprises utilisent déjà l’intelligence artificielle. Cependant, 80 % d’entre elles ne constatent aucun effet mesurable sur leur productivité ou leurs effectifs.

Des perspectives à moyen terme

Goldman Sachs se montre néanmoins optimiste pour l’avenir. Un rapport publié en 2023 par la banque d’investissement estime que l’IA commencera à avoir un impact mesurable sur le PIB américain et la productivité à partir de 2027.

Si l’adoption se généralise sur une période de dix ans, l’intelligence artificielle pourrait augmenter la productivité américaine de 1,5 % par an. Des chiffres significatifs qui pourraient transformer durablement l’économie.

L’emploi face à la transition technologique

Un rapport plus récent de Goldman Sachs, daté de 2025, anticipe que l’intelligence artificielle déplacera entre 6 et 7 % de la main-d’œuvre américaine. Un bouleversement considérable qui soulève des inquiétudes légitimes.

Toutefois, la banque se veut rassurante : les nouveaux emplois créés par la technologie finiraient par compenser les suppressions. Pendant la période de transition, le taux de chômage augmenterait de 0,5 point au-dessus de son niveau actuel.

Une arme politique pour l’administration Trump

Dans ce contexte débattu, Donald Trump a utilisé les investissements massifs dans l’IA comme argument politique. L’ancien président a cité ces dépenses comme preuve que l’économie américaine est « la plus en forme du monde ».

Cette rhétorique lui a également servi de justification pour s’opposer aux régulations proposées au niveau des États fédérés, privilégiant une approche libérale du développement technologique.

Il suit de près l’évolution des outils d’intelligence artificielle et des innovations numériques. Spécialisé dans les usages concrets de l’IA, il teste, compare et explique les solutions qui transforment la productivité, la création de contenu et l’automatisation au quotidien.

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