Health Data Hub : 21 millions dépensés, cap sur un cloud souverain
Le choix controversé de Microsoft Azure pour héberger les données de santé des Français touche à sa fin. Six ans après le lancement du projet, le Health Data Hub s’apprête à migrer vers une solution souveraine. Une décision scrutée de près par les députés lors d’une audition à l’Assemblée nationale, où les explications sur les coûts et les choix techniques ont suscité de nombreuses interrogations.
Une transition vers la souveraineté numérique
Laurent Vilboeuf, directeur de transition de la Plateforme de données de santé, a annoncé le 17 mars devant la Commission d’enquête sur les dépendances numériques un tournant majeur. Un appel d’offres public pour un cloud souverain a été lancé le 9 février via l’Ugap.
« Nous nous situons dans l’esprit et les intentions de l’article 31 de la loi Sren, visant à nous protéger contre les risques d’atteinte liée aux lois exterritoriales et aux pressions extérieures exogènes de toute nature », a-t-il précisé.
La sélection du nouveau fournisseur devrait intervenir autour de mi-avril. La migration effective depuis Azure débutera fin 2026 ou début 2027.
L’abandon d’une solution intermédiaire
Initialement, une procédure intercalaire envisageait d’extraire les données vers une base Oracle. Cette option a été abandonnée suite à une interpellation de la Dinum.
« Nous avons donc retravaillé les sujets et les délais de manière plus approfondie et changé notre fusil d’épaule, l’étude [du marché] ayant montré qu’une migration cible pouvait être réalisée dans des délais assez similaires », a expliqué Laurent Vilboeuf.
Un projet coûteux aux résultats décevants
Le bilan financier de l’aventure Microsoft soulève des questions. Le coût total du projet Azure atteint environ 21 millions d’euros, dont 10,547 M€ pour le cloud Microsoft et un montant équivalent pour les prestations de Capgemini.
La Cour des comptes a pointé un retour sur investissement catastrophique : seulement 500 000 euros contre 54 millions attendus. Un différentiel largement attribué aux frais d’hébergement chez le géant américain.
Des financements en baisse constante
Le financement via l’Ondam, principale ressource de la plateforme, fond comme neige au soleil : 29,610 M€ en 2024, 20,610 M€ en 2025, et seulement 12,610 M€ prévus pour 2026.
À elle seule, la masse salariale du GIP représente 13 millions d’euros. Laurent Vilboeuf cherche activement de nouvelles sources de financement, notamment du côté de France 2030.
Les justifications d’un choix controversé
Pourquoi avoir choisi Microsoft à l’origine ? Les études menées depuis 2019 concluaient qu’aucun cloud européen ne répondait aux exigences fonctionnelles et de sécurité. Seuls AWS et Azure (version non SecNumCloud) semblaient à la hauteur.
Le revirement actuel s’explique par l’évolution rapide des offres européennes ces deux dernières années, désormais capables de répondre aux critères exigeants de la plateforme.
Des mesures de sécurité renforcées
Pour Azure, des dispositifs de protection ont été déployés : double pseudonymisation irréversible, chiffrement des données stockées et des flux, accès restreint aux agents autorisés. Une fonction interdit même l’accès aux ingénieurs Microsoft.
Le Conseil d’État a d’ailleurs jugé « très faible » le risque de soumission des données aux lois extraterritoriales.
Un parcours semé d’embûches
Six ans après son lancement, la plateforme traîne un projet inédit mais complexe. « Il n’y avait aucune référence, mais le projet était très tributaire de sa dépendance à un cadre réglementaire, certes indispensable, mais très exigeant, qui a pu alentir sa progression », a reconnu Laurent Vilboeuf.
La crise sanitaire et l’inquiétude suscitée par le choix de Microsoft ont également ralenti l’avancement. Aujourd’hui encore, « les délais d’accès aux données [pour les partenaires] restent encore un peu trop longs ».
Le rôle trouble de Capgemini
Le directeur de transition a fermement démenti toute influence du cabinet de conseil sur le choix de Microsoft. Pourtant, des documents du début du projet portaient la mention Capgemini.
« Ce que j’ai vu, ce sont effectivement des équipes HDH qui avaient intégré des consultants Capgemini pour aider à la construction et au pilotage. Cela a pu représenter jusqu’à dix personnes par mois au démarrage, mais aujourd’hui, l’objectif est de limiter au maximum [ce recours au prestataire] et nous sommes à 0,6 consultant par mois », a-t-il précisé.
Une audition sans la responsable du choix initial
L’audition, menée par les députés Philippe Latombe et Cyrielle Châtelain, s’est déroulée sans Stéphanie Combes, l’ancienne directrice décisionnaire qui a quitté le HDH en octobre 2025.
Laurent Vilboeuf, arrivé comme directeur suppléant mi-octobre 2025 et en fonction de plein exercice fin novembre, n’a pas participé aux décisions prises entre 2019 et novembre 2025. Son mandat prend fin le 14 avril prochain.



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