Explosion de l’IA : les jeunes perdent pied sur le marché de l’emploi
L’arrivée massive de l’intelligence artificielle générative dans le monde professionnel bouleverse profondément les opportunités d’emploi pour la jeune génération. Une étude inédite révèle l’ampleur d’un phénomène qui touche particulièrement les moins de 30 ans, avec des répercussions majeures sur certains secteurs d’activité.
Une chute spectaculaire des recrutements chez les jeunes
Les chiffres sont sans appel. Depuis novembre 2022, les embauches en CDI des 21-29 ans ont reculé de 28% dans les professions les plus exposées à l’IA générative. Ce constat émane d’une recherche conjointe menée par la Banque de France et le Laboratoire de l’innovation et du futur du travail d’HEC Paris.
Concrètement, cela représente environ 75 000 embauches en CDI de moins par an pour cette tranche d’âge. Dans les métiers les moins exposés, la baisse atteint 7,5%, créant un écart de près de 21 points de pourcentage.
Les développeurs informatiques particulièrement touchés
Le secteur de l’informatique illustre parfaitement cette transformation. En mars 2026, les embauches de développeurs et d’ingénieurs informatiques âgés de 21 à 29 ans avaient chuté de 42% par rapport à novembre 2022.
Les autres professions informatiques moins exposées enregistrent une baisse de 11%, soit un écart de 31 points. Cette situation s’explique par la capacité des outils d’IA générative à prendre en charge des tâches informatiques : écrire du code, générer des tests, documenter des programmes ou analyser du code existant.
Quels métiers en première ligne ?
L’étude identifie plusieurs professions particulièrement vulnérables : opérateurs de traitement de texte, interprètes, traducteurs, journalistes et cadres chargés d’études économiques, financières ou commerciales.
À l’inverse, les professions reposant largement sur une présence physique ou un contact humain direct apparaissent moins menacées par cette révolution technologique.
Un renouvellement des équipes fortement ralenti
Le phénomène ne se limite pas aux embauches. Les fins de CDI ont également diminué de 23% dans les professions les plus exposées, contre 6% dans les moins exposées.
Ce double mouvement ralentit le renouvellement des équipes et réduit les occasions pour les jeunes candidats. Le solde net des mouvements s’est contracté d’environ 2 700 mouvements par mois dans les professions les plus exposées.
Une vulnérabilité qui diminue avec l’âge
L’impact de l’IA générative varie considérablement selon l’âge des travailleurs. Entre les métiers les plus et les moins exposés, l’écart atteint plus de 20 points chez les 21-29 ans.
Cette différence se réduit progressivement : 18,6 points pour les 30-39 ans, 15,3 points pour les 40-49 ans, et seulement 3,8 points après 50 ans.
Méthodologie d’une étude inédite
Les chercheurs ont analysé la période de janvier 2019 à mars 2026. Ils ont croisé des données administratives sur les mouvements de main-d’œuvre avec une enquête sur l’utilisation de l’IA par les entreprises.
Un modèle de langage a évalué la capacité de l’IA à effectuer différentes tâches, en tenant compte du niveau d’expertise nécessaire, des contraintes de présence physique et de l’importance des interactions humaines.
Les entreprises intensives en IA recrutent moins de jeunes
Les entreprises déclarant un usage intensif de l’IA recrutent relativement moins de jeunes en CDI depuis fin 2022. L’écart atteint entre 17 et 25% au cours de différents trimestres de 2025, par rapport aux autres entreprises.
Au sein de ces structures, les recrutements diminuent davantage dans les métiers les plus exposés. Les chercheurs ne constatent pas encore de divergence statistiquement nette des effectifs totaux entre les entreprises utilisatrices intensives et les autres.
Une transformation progressive de l’emploi
Selon les auteurs de l’étude, la transformation pourrait commencer par les nouvelles embauches avant de devenir visible dans les statistiques globales de l’emploi.
Concernant le secteur technologique, il convient de contextualiser ces résultats. Le secteur a connu d’intenses recrutements en 2021 et 2022, suivis d’une vague de réorganisations due à la hausse des taux d’intérêt et au ralentissement du financement. L’IA n’est donc pas la seule responsable du recul observé.



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