Cloud européen : 24 entreprises interpellent Bruxelles contre le « sovereign washing »
Face à la montée en puissance des acteurs technologiques internationaux qui se revendiquent souverains, l’industrie du cloud européen monte au créneau. Une coalition de 24 dirigeants d’entreprises tire la sonnette d’alarme auprès de Bruxelles pour préserver l’indépendance numérique du continent.
Une mobilisation sans précédent du secteur européen
Le CISPE, organisation représentant les fournisseurs de services cloud, a adressé une lettre officielle à la Commission européenne. Parmi les signataires figurent des acteurs français majeurs comme Numspot, Clever Cloud, Ikoula, Thésée Datacenter et NextCloud.
Cette initiative vise directement Henna Virkkunen, commissaire européenne pour la souveraineté technologique. L’enjeu : modifier le Cloud and AI Development Act (Caida) pour protéger l’écosystème numérique continental.
Le « sovereign washing » dans le viseur
La principale préoccupation concerne les entreprises étrangères qui s’autoproclament souveraines sans garanties réelles. Le CISPE réclame une définition stricte de la souveraineté basée sur le contrôle technologique effectif.
Cette définition doit notamment offrir une protection contre les législations extraterritoriales, à l’image du Cloud Act américain qui permet l’accès aux données stockées hors du territoire des États-Unis.
Des règles claires pour les datacenters européens
Les signataires proposent d’intégrer des dispositions facilitant le développement d’infrastructures locales. Cela passerait par l’imposition de normes de sécurité harmonisées comme le schéma EUCS.
L’objectif est d’éviter que des fournisseurs non européens ne dominent le marché en affichant un vernis de souveraineté sans substance.
Privilégier les solutions européennes dans les marchés publics
La lettre plaide pour une refonte des procédures d’attribution des commandes publiques. Les acteurs européens demandent la création de marchés réservés pour le traitement des données sensibles.
Cette mesure limiterait également les accords-cadres qui, selon eux, désavantagent systématiquement les entreprises locales face aux géants internationaux.
Développer un écosystème cloud véritablement compétitif
Au-delà des règles de marché, le CISPE souhaite promouvoir un environnement cloud natif et compétitif. Cette ambition nécessite des investissements massifs dans les technologies critiques.
Les domaines prioritaires identifiés concernent la mémoire et les processeurs, composants stratégiques pour l’autonomie technologique européenne.
Un combat qui s’inscrit dans la durée
Cette intervention n’est pas une première pour l’organisation professionnelle. En 2025, le CISPE avait déjà vivement critiqué le référentiel de souveraineté numérique proposé par l’Union européenne.
Ce texte avait été jugé opaque et contre-productif, car il favorisait les hyperscalers étrangers dans les processus d’évaluation. La mobilisation actuelle s’inscrit donc dans une stratégie de long terme pour défendre l’industrie européenne du cloud.
Des investissements publics pour rattraper le retard
Les signataires insistent sur la nécessité d’un soutien financier public pour développer des alternatives locales aux solutions dominantes. Sans ces investissements, le risque de dépendance technologique permanente demeure élevé.
Cette demande vise à créer une véritable filière européenne capable de rivaliser avec les mastodontes américains et asiatiques sur les segments du cloud et de l’intelligence artificielle.



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