Grammarly contraint de suspendre une IA accusée d’usurper des identités d’auteurs
L’intelligence artificielle au service de l’écriture peut-elle s’approprier l’identité d’auteurs sans leur accord ? C’est la question brûlante qui vient de secouer l’univers des outils numériques. Une fonctionnalité controversée vient de contraindre l’un des géants de la correction linguistique à faire marche arrière face à un tollé général.
Une fonction baptisée « Expert Review » au cœur de la polémique
Grammarly a récemment mis en pause sa nouvelle option d’intelligence artificielle baptisée « Expert Review ». Cette dernière proposait aux utilisateurs des retours et recommandations inspirés par de prétendus spécialistes reconnus dans leur domaine.
Le service faisait appel à des noms d’auteurs renommés, de scientifiques, de journalistes prestigieux, de romanciers à succès, d’universitaires ou encore de spécialistes technologiques. Certains de ces noms appartenaient même à des personnes décédées.
Le hic ? Tous ces commentaires étaient en réalité produits automatiquement par un modèle algorithmique, sans qu’aucune autorisation n’ait été sollicitée auprès des personnes citées ou de leurs ayants droit.
Une levée de boucliers immédiate
Des créateurs outrés par cette appropriation
De nombreux auteurs ont rapidement dénoncé ce qu’ils considèrent comme une appropriation abusive de leur identité. Des journalistes et chercheurs ont également manifesté leur mécontentement.
Selon eux, l’outil pouvait laisser croire à une forme d’approbation ou de collaboration qui n’a jamais existé. Une confusion préjudiciable pour leur réputation professionnelle.
Une action en justice pour usurpation d’identité
L’affaire a pris une tournure juridique lorsque Julia Angwin, journaliste américaine reconnue, a déposé une plainte collective contre l’entreprise. Elle estime que l’usage de noms réels sans autorisation pourrait constituer une forme d’usurpation d’identité.
La réponse de l’entreprise face à la tempête
Shishir Mehrotra, PDG de Superhuman, société propriétaire de Grammarly, a annoncé la suspension immédiate de la fonctionnalité. Dans un message diffusé sur LinkedIn, le dirigeant a reconnu la légitimité des critiques.
L’entreprise s’est engagée à repenser entièrement son approche. Le projet consiste désormais à permettre aux experts de contrôler la manière dont leur nom ou leur travail pourrait être représenté, voire de refuser totalement cette utilisation.
Un symptôme des dérives de l’IA générative
Cette controverse révèle les tensions croissantes autour des modèles d’intelligence artificielle générative. Ces technologies s’appuient sur l’analyse de vastes ensembles de données collectées sur le web.
Elles soulèvent des questions fondamentales concernant le consentement, les droits d’auteur et l’utilisation de l’identité de personnalités publiques. La frontière entre inspiration et appropriation devient de plus en plus floue.
Un précédent pour l’industrie technologique
La situation met en lumière la difficulté de proposer des fonctionnalités inspirées d’experts humains sans donner l’impression qu’ils participent réellement au service. Un équilibre délicat à trouver.
La suspension d’« Expert Review » pourrait marquer un tournant décisif pour les éditeurs d’outils d’IA. La question de la représentation et du consentement des créateurs devient désormais un enjeu incontournable dans le développement de ces technologies.



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