OpenAI abandonne Sora : l’IA vidéo coûte trop cher pour être rentable
L’intelligence artificielle générative traverse une phase de rationalisation brutale. Après avoir séduit des millions d’utilisateurs avec des prouesses techniques spectaculaires, certains outils doivent désormais prouver leur viabilité économique. C’est précisément le cas de Sora, l’outil de création vidéo par IA d’OpenAI, qui tire sa révérence malgré un accueil initial triomphal.
Une annonce laconique qui signe la fin d’une aventure
Le 24 mars 2026, OpenAI a officialisé sur X la discontinuation de son application de génération vidéo. Lancée en septembre 2025, Sora aura connu une existence éphémère, à peine six mois d’exploitation commerciale.
Le message publié reste d’une sobriété remarquable : « We’re saying goodbye to the Sora app. To everyone who created with Sora, shared it, and built community around it: thank you. What you made with Sora mattered, and we know this news is disappointing.We’ll share more soon, including timelines for the app and API and details on… »
L’entreprise s’est engagée à communiquer prochainement un calendrier de fermeture détaillé ainsi que les modalités permettant aux utilisateurs de sauvegarder leurs contenus créés. L’API développeurs sera également abandonnée, et la fonctionnalité de génération vidéo disparaîtra totalement de ChatGPT.
Un gouffre financier insoutenable
Des revenus dérisoires face à des coûts astronomiques
Derrière cette décision se cache une réalité économique implacable. Les revenus mensuels de Sora plafonnaient à 367 000 dollars, tandis que les coûts d’exploitation quotidiens atteignaient environ 15 millions de dollars.
Le modèle économique choisi par OpenAI s’est révélé catastrophique. Contrairement à des concurrents comme RunwayML ou Adobe Firefly qui commercialisent des crédits à l’unité, la société proposait un accès illimité via l’abonnement Pro à 200 dollars mensuels, sans plafond de crédits.
Une consommation de ressources phénoménale
La génération vidéo mobilise des ressources de calcul incomparablement supérieures à celles nécessaires pour le traitement textuel. Chaque requête Sora exigeait une puissance GPU considérable, des ressources que l’entreprise préfère désormais réorienter.
Comme l’explique OpenAI : « Nous ne pouvons pas rater ce moment parce que nous sommes distraits par des quêtes secondaires. » Ces GPU libérés pourront servir à entraîner GPT-5 ou optimiser les modèles de raisonnement o3, jugés plus stratégiques.
Un démarrage pourtant prometteur
L’application avait connu un lancement spectaculaire avec 1 million de téléchargements en moins de cinq jours, atteignant rapidement le sommet de l’App Store d’Apple. Sora 2, la deuxième génération du modèle, permettait de produire des vidéos avec son natif et une physique plus crédible.
Toutefois, dès décembre 2025, les signaux d’essoufflement apparaissaient : les nouveaux téléchargements avaient chuté de 32 % par rapport au mois précédent. L’enthousiasme initial ne s’est jamais transformé en usage durable et rentable.
L’effondrement du partenariat Disney
La fermeture de Sora entraîne également l’abandon d’un accord majeur avec Disney. En décembre 2025, le géant du divertissement avait accepté de licencier ses personnages emblématiques pour l’outil et prévoyait un investissement d’un milliard de dollars en warrants.
Cet accord n’a finalement jamais été finalisé. Disney a réagi avec diplomatie : « Nous respectons la décision d’OpenAI de quitter le secteur de la génération vidéo et de réorienter ses priorités. »
Le studio n’abandonne pas pour autant l’intelligence artificielle. Bob Iger avait évoqué l’intégration de contenu généré par IA dans Disney+. L’entreprise pourrait maintenant se tourner vers d’autres partenaires, comme Google et son modèle Veo 3, ou développer ses propres solutions.
Une rationalisation stratégique avant l’introduction en bourse
Cette décision intervient à quelques mois d’une potentielle entrée en bourse d’OpenAI, avec une valorisation de 730 milliards de dollars à défendre. La rationalisation du portefeuille produit devient alors impérative face aux investisseurs.
Le même jour, OpenAI a également discontinué sa fonctionnalité e-commerce Instant Checkout et annoncé la fusion de son navigateur, ChatGPT et Codex en une seule « super-application » de bureau. Une stratégie de consolidation évidente.
Un marché concurrentiel qui ne faiblit pas
La disparition de Sora ne signifie nullement la fin de la vidéo générative. De nombreux acteurs occupent déjà solidement le terrain avec des solutions alternatives.
ByteDance propose Seedance 2.0, qui surpasse Sora sur presque tous les critères et bénéficie de l’écosystème TikTok. Google développe Veo 3, tandis que Kuaishou commercialise Kling 2.0 et Luma propose Ray 2.
La concurrence s’intensifie également sur d’autres fronts, notamment face à Anthropic et ses modèles Claude, renforçant la nécessité pour OpenAI de concentrer ses efforts sur ses points forts.
Une leçon pour l’industrie entière
L’échec de Sora révèle une vérité inconfortable : produire de la vidéo par IA à grande échelle coûte une fortune, et personne n’a encore découvert comment rentabiliser cette activité.
Sora a démontré que générer du contenu à l’échelle industrielle, même de qualité modeste, exige des investissements colossaux sans garantie de retour. Une réalité qui pourrait freiner l’enthousiasme ambiant autour de l’IA générative et forcer l’ensemble du secteur à repenser ses modèles économiques.



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