Noyb accuse LinkedIn : gratuité des données menacée par un service devenu payant
L’association européenne de défense de la vie privée Noyb s’attaque au géant des réseaux professionnels. Au cœur du litige : une fonctionnalité autrefois gratuite, désormais réservée aux abonnés payants, qui pourrait violer le règlement européen sur la protection des données.
Une fonctionnalité devenue payante dans le viseur
L’organisation de défense de la vie privée Noyb a déposé une plainte formelle contre LinkedIn auprès de l’autorité autrichienne de protection des données. La cible ? La restriction d’accès à la fonction « Qui a consulté mon profil ? », désormais limitée aux détenteurs d’abonnements premium.
Cette fonctionnalité permettait initialement à tous les membres de consulter l’identité des personnes visitant leur page professionnelle. La décision de la rendre payante remonte à une période antérieure à 2018, avant même l’entrée en vigueur du RGPD.
Une violation présumée du règlement européen
Selon l’association dirigée par l’avocat Max Schrems, cette pratique enfreint l’article 15 du RGPD. Ce texte fondamental garantit à chaque citoyen européen le droit d’accéder gratuitement à ses données personnelles détenues par une entreprise.
L’argumentaire de Noyb souligne une incohérence majeure : LinkedIn rend ces informations disponibles moyennant finance, mais refuse de les communiquer dans le cadre d’une demande officielle de protection des données.
Une contradiction dénoncée par l’association
Dans sa plainte, Noyb martèle sa position : « Soit les données ne doivent être accessibles à personne, soit, s’il est clair pour le visiteur que les données sont visibles, elles doivent également être divulguées conformément à l’article 15 du RGPD ».
L’organisation considère que la plateforme crée une contradiction juridique en monétisant l’accès à des données qui devraient être communiquées gratuitement sur simple demande.
La défense de LinkedIn face aux accusations
De son côté, le réseau social professionnel conteste fermement ces allégations. L’entreprise affirme respecter scrupuleusement les dispositions de l’article 15 du RGPD et met en avant les options de confidentialité offertes.
LinkedIn rappelle que les utilisateurs peuvent choisir de rester invisibles en ajustant leurs paramètres de confidentialité. La plateforme souligne également que les membres non-payants conservent un accès limité aux informations sur leurs visiteurs.
Des implications juridiques encore incertaines
Helen Brain, experte du cabinet juridique Square One Law, adopte une position prudente. Elle estime que le cas reste flou tant que LinkedIn n’aura pas fourni sa réponse détaillée à l’autorité de contrôle autrichienne.
L’avocate souligne néanmoins la cohérence de l’argumentation : « Si les données personnelles du visiteur sont considérées comme privées et ne peuvent pas être communiquées […], alors il paraît logique que ces mêmes informations ne puissent pas non plus être divulguées aux détenteurs de comptes premium. »
Des conséquences potentiellement massives
Si Noyb remporte cette bataille juridique, LinkedIn pourrait être confronté à un dilemme stratégique majeur. La plateforme devrait soit rendre gratuitement accessible la fonctionnalité, soit la supprimer totalement pour tous les utilisateurs.
Au-delà du cas spécifique, cette affaire pourrait créer un précédent pour l’ensemble de l’industrie technologique. De nombreuses entreprises utilisent l’accès aux données comme argument commercial pour leurs abonnements payants.
Des sanctions financières en perspective
En cas de décision défavorable, LinkedIn s’exposerait à une amende potentiellement considérable. L’entreprise pourrait également être contrainte de revoir entièrement son système de consentement concernant la divulgation des identités des visiteurs de profils.
Cette plainte illustre la tension permanente entre les modèles économiques des plateformes numériques et les exigences croissantes en matière de protection de la vie privée en Europe.



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