Microsoft accusé de promouvoir l’addiction avec son assistant IA Scout
L’intelligence artificielle s’immisce dans nos outils de travail quotidiens, promettant productivité et efficacité. Mais à quel prix ? Un document interne de Microsoft révèle une stratégie marketing pour le moins controversée autour de son nouvel assistant.
Un assistant IA intégré à l’univers professionnel
Le géant de Redmond a dévoilé Scout le 2 juin dernier, un agent d’intelligence artificielle conçu pour être « toujours actif ». Cet outil s’intègre directement dans Microsoft 365, via les applications Teams, Outlook, OneDrive et SharePoint.
Scout promet de gérer automatiquement calendrier, boîte mail et fichiers. Sa cible ? Les professionnels de la finance, du juridique ou des ressources humaines « qui n’ont jamais entendu parler d’OpenClaw et n’ouvriront jamais un terminal ».
Une feuille de route qui fait froid dans le dos
C’est 404 Media qui a levé le voile sur un document interne explosif. Intitulé « ClawPilot: Overview and Plan with Project Lobster », ce fichier a été rédigé par Omar Shahine, vice-président en charge de Scout, et Jakob Werner.
Phase 1 : créer la dépendance
Le document détaille un plan en trois phases dont la première affiche un objectif sans ambiguïté : « Rendre les gens accros ». L’entreprise souhaite ainsi « développer l’expérience utilisateur, élargir la base d’utilisateurs et construire un écosystème de compétences qui rende les gens dépendants au quotidien ».
Des tests internes, menés depuis mars sous le nom de code ClawPilot, ont déjà impliqué plus de mille employés. Satya Nadella lui-même figure parmi les testeurs. Ces essais révèlent déjà « un usage quotidien avec une rétention et une intensité élevées ».
Les phases suivantes déjà planifiées
Les étapes ultérieures prévoient la connexion à d’autres services d’IA et l’ajout de nouvelles fonctionnalités. Détail piquant : le document stratégique a été « co-créé avec l’IA ».
Des employés de Microsoft sonnent l’alarme
En interne, la formulation utilisée ne passe pas inaperçue. Un employé la qualifie de « très inquiétante », estimant qu’aucun produit ne devrait inscrire la dépendance dans sa feuille de route.
Un autre collaborateur se montre plus cynique. Pour lui, cette volonté de rendre accro serait commune à toutes les grandes plateformes technologiques, « mais heureusement, Microsoft n’est pas très doué pour ça ».
Microsoft reste muet sur la controverse
Interrogé sur l’emploi du terme « addiction », le géant technologique n’a pas souhaité répondre sur le fond. La firme s’est contentée de renvoyer vers le billet de blog de Shahine annonçant Scout.
Pourtant, le mot « addiction » figurant noir sur blanc dans une feuille de route produit pourrait devenir « encombrant » pour l’entreprise. Surtout dans un contexte réglementaire de plus en plus strict.
Une contradiction embarrassante
Il y a quelques mois à peine, Satya Nadella déclarait qu’il était impossible pour l’entreprise d’intégrer OpenClaw à ses produits. Il affirmait alors : « Ce serait comme si Microsoft lançait un virus. »
Or, Scout repose intégralement sur cette même technologie. Un revirement qui interroge sur la cohérence du discours de l’entreprise.
Les régulateurs européens en embuscade
L’AI Act européen et le Digital Markets Act encadrent désormais les pratiques de conception susceptibles d’engendrer la dépendance. Microsoft est directement soumis à ces deux textes.
La stratégie assumée de créer une dépendance pourrait donc exposer l’entreprise à des sanctions réglementaires. Une épée de Damoclès qui plane sur le déploiement de Scout en Europe.



Laisser un commentaire