Consommation des datacenters : l’Union européenne cache-t-elle la vérité écologique ?
L’Union européenne compile depuis deux ans les données précises de consommation des grands centres de données implantés sur son territoire. Pourtant, ces informations cruciales pour évaluer l’impact environnemental de l’industrie numérique demeurent introuvables pour les citoyens. Une situation qui soulève de vives interrogations sur la transparence et le respect des engagements internationaux.
Un système de collecte efficace mais totalement opaque
Depuis 2023, la Commission européenne rassemble minutieusement les chiffres de consommation réelle des principaux datacenters établis dans les États membres. Électricité utilisée, eau puisée, chaleur rejetée : tous ces indicateurs sont centralisés.
Mais impossible pour le public d’y accéder. Le 21 septembre dernier, Bruxelles a présenté son projet de classement établi à partir de ces données. Les citoyens ne pourront consulter que des notes globales et quelques moyennes agrégées, sans jamais connaître les volumes site par site.
Une enquête journalistique pour lever le voile
Face à cette opacité, Lighthouse Reports et cinq médias européens, dont Mediapart, ont uni leurs forces. Le fruit d’une année d’investigation a été publié le 30 septembre, mettant en lumière les obstacles systématiques dressés autour des centres de données.
Le collectif néerlandais a franchi une étape supplémentaire en saisissant le comité d’examen chargé de veiller au respect de la convention d’Aarhus.
Un traité international bafoué
Ce texte, ratifié par l’Union européenne et ses 27 membres, garantit l’accès du public aux informations environnementales. Il stipule clairement que le secret commercial ne peut s’opposer à la divulgation des données d’émissions.
Pour les autres informations, un test d’intérêt public doit être réalisé. Selon Lighthouse Reports, la Commission n’a jamais procédé à cet examen obligatoire.
Bruxelles défend son dispositif
La Commission européenne assume sa position. « Cette base de données est la meilleure preuve que nous ayons en notre possession pour parler de la soutenabilité du secteur », affirme-t-elle pour justifier son système.
Une défense qui ne convainc pas les observateurs, tandis que les pratiques des États membres révèlent un paysage fragmenté.
Un parcours du combattant auprès des gouvernements
Les journalistes ont sollicité l’ensemble des pays de l’Union. Les résultats sont édifiants : dix États ont affirmé ne détenir aucun chiffre, une demi-douzaine ont invoqué le secret commercial pour refuser toute communication.
L’Allemagne a fait attendre les demandeurs durant neuf mois. La Grèce a opposé un refus catégorique à toutes les requêtes.
Le cas français révélateur
En France, la Commission d’accès aux documents administratifs a ordonné au gouvernement de transmettre ces indicateurs. L’exécutif a fini par s’exécuter, mais de quelle manière.
Un tableau comportant 163 lignes et 28 colonnes a été communiqué, avec des données mélangées dans un ordre totalement aléatoire. Un document volontairement rendu inexploitable, le ministère de la Transition écologique invoquant le secret des affaires.
Une industrie qui dicte ses conditions
L’enquête révèle que Bruxelles s’est alignée sur les exigences de confidentialité formulées par l’industrie. Paradoxalement, un rapport technique commandé par la Commission elle-même en octobre 2025 préconisait la publication de la consommation énergétique.
« Du moment où rien n’est public, les entreprises se sentent tout permis », constate l’un des observateurs cités dans l’investigation.
Des dirigeants qui méprisent les opposants
Lors du sommet DataCloud organisé à Cannes, Thomas Greason, patron de QTS, n’a pas hésité à railler les « cave people » (citoyens contre à peu près tout). Cette expression visait directement les riverains qui contestent l’implantation de nouveaux datacenters.
Une attitude qui illustre le fossé grandissant entre une industrie en pleine expansion et des citoyens réclamant davantage de transparence sur l’empreinte environnementale du numérique.



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