Crédit Agricole : 5,8 milliards d’euros pour une révolution IA et data
Le géant bancaire français amorce un virage stratégique majeur. Avec un budget technologique qui atteindra 5,8 milliards d’euros en 2026 et 25 000 collaborateurs mobilisés dans les métiers de la tech, le Crédit Agricole annonce la création d’une entité transverse consacrée à la data, à l’intelligence artificielle et à la confiance numérique. Cette décision s’inscrit dans la continuité de sa politique de mutualisation, initiée il y a cinq ans avec CAGIP.
Une nouvelle structure opérationnelle dès 2026
Le plan stratégique Act 2028 prévoit la mise en place de cette organisation inédite dès l’année prochaine. L’objectif affiché ? Industrialiser le partage de données entre les différentes entités du groupe et déployer l’IA à grande échelle.
Cette structure ne fonctionnera pas comme un laboratoire centralisé. Elle aura pour mission de mutualiser les ressources, de créer des socles communs et de fournir des outils uniformes. Les déploiements concrets resteront entre les mains des experts locaux.
Un impact mesurable sur la productivité
L’ambition est clairement affichée : « Avec l’IA, nous allons réduire les tâches administratives de 20% et nous monitorons le ratio du temps commercial sur le temps administratif ». Le groupe entend ainsi prouver la valeur générée par ces investissements technologiques.
Le KYC, terrain d’expérimentation privilégié
Le processus de connaissance client (KYC) constitue une cible prioritaire pour la mutualisation des applications d’intelligence artificielle. Ce choix n’est pas anodin : ces procédures consomment énormément de ressources au sein des établissements bancaires.
Les investissements nécessaires pour moderniser, automatiser et intégrer l’IA dans ces processus sont considérables. Le regroupement autour d’un point focal unique apparaît comme une solution rationnelle économiquement.
La sécurité au cœur des préoccupations
Malgré l’enthousiasme pour l’IA, la vigilance reste de mise. « Nous voulons nous assurer que, sous prétexte d’IA, on ne revienne pas sur ce que nous avons mis des années à déployer pour segmenter les rôles et habilitations dans la production », souligne le groupe.
Équiper tous les collaborateurs IT d’ici trois ans
L’ambition du Crédit Agricole ne se limite pas aux applications métiers. D’ici 2028, l’ensemble des collaborateurs IT devra disposer de capacités en intelligence artificielle.
Le déploiement touchera tous les domaines : assistants de codage, agents pour l’intégration et les tests, cybersécurité ou encore traitement massif des logs. Cette transformation des opérations informatiques vise à optimiser l’ensemble de la chaîne de production.
200 millions d’euros pour deux nouveaux datacenters
Le groupe bancaire n’hésite pas à réinvestir massivement dans ses infrastructures. « Nous investissons entre 100 et 200 M€ dans deux nouvelles salles, pour héberger des capacités d’IA et de calcul intensif. Ces infrastructures seront livrées dans deux ans ».
Ces installations de nouvelle génération présenteront des caractéristiques techniques avancées : plus de puissance au mètre carré et 100% de refroidissement liquide. Elles permettront l’inférence sur données critiques et l’entraînement de modèles en interne.
L’autonomie stratégique plutôt que la souveraineté
Le Crédit Agricole préfère parler d’autonomie stratégique plutôt que de souveraineté numérique. L’indépendance totale étant jugée irréaliste, la stratégie consiste à adapter le niveau de maîtrise selon la criticité des services.
Pour les services critiques, le groupe privilégie des infrastructures pleinement maîtrisées. « Pour des questions d’indépendance, nous réinvestissons dans nos propres infrastructures, en particulier sur nos capacités de cloud », explique-t-on.
Une révision complète de l’empreinte technologique
Le groupe s’attaque à son patrimoine informatique hérité du passé. L’objectif ? Migrer 30% du patrimoine total vers le cloud dans les trois prochaines années.
Les bénéfices attendus sont substantiels : division par deux de l’incidentologie et réduction des coûts de 40%. Cette modernisation permettra d’absorber les hausses de volume sans impact majeur sur les charges.
L’open source et les solutions européennes en priorité
Le Crédit Agricole affiche une préférence claire pour les technologies européennes, choisies « à chaque fois que c’est possible ». Concernant l’open source, le critère décisif reste la capacité du groupe à peser dans les contributions.
Une vision à long terme assumée
Les efforts d’optimisation du patrimoine applicatif ne seront pas rentables à l’échéance du plan Act 2028. Mais le groupe ne s’en inquiète pas.
« Le groupe Crédit Agricole sait raisonner à long terme. Nous sommes capables d’investir sur les trois années du plan actuel pour engranger les bénéfices sur le plan suivant », affirme-t-on avec confiance.
Maîtriser l’inflation des coûts technologiques
Face à la pression inflationniste des fournisseurs, le groupe mise sur sa capacité à changer de prestataire. « Sur les infrastructures, nous avons réussi, depuis presque trois ans, à compenser les effets inflationnistes par la négociation et la gestion des dépendances d’un côté, et par des efforts de rationalisation et d’automatisation de l’autre ».
Les quatre priorités de 2026
La création des capacités groupe sur la data, l’IA et la confiance numérique arrive en tête. Contrairement à la mutualisation des infrastructures qui avait nécessité trois ans, la pression sur les délais est bien plus forte cette fois.
La maîtrise des risques et des dépendances constitue le deuxième axe majeur. Le groupe recherche activement des indicateurs de dispersion technologique pour mieux équilibrer ses choix.
L’achèvement du « move to cloud » et l’optimisation du patrimoine applicatif complètent ce programme ambitieux. Des milliers de migrations restent à finaliser pour atteindre les objectifs fixés.



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