Crise de l’eau en Inde : quand les data centers assèchent les populations
L’essor fulgurant de l’industrie numérique en Inde se heurte à une réalité dramatique : l’accès à l’eau pour la population locale. Dans plusieurs régions du pays, le développement massif des infrastructures technologiques entre en collision directe avec les besoins vitaux des habitants, créant une crise sanitaire sans précédent.
Une population assoiffée au pied des serveurs
Autour de New Delhi et de Khoda, la situation devient critique pour des milliers de familles. À Greater Noida, plus de 7 000 personnes subissent des coupures d’eau répétées, tandis que Khoda devrait voir près de 45 000 foyers privés d’eau courante à la mi-2026.
Les habitants doivent désormais creuser entre 305 et 366 mètres de profondeur pour espérer trouver de l’eau. Mais même à ces profondeurs extrêmes, la qualité reste médiocre : pression insuffisante, couleur jaunâtre et présence de vers dans les canalisations.
L’appétit insatiable des data centers
Le réchauffement climatique aggrave certes les sécheresses, mais un nouveau facteur pèse lourdement sur les ressources hydriques : les centres de données. Ces installations technologiques, encouragées par l’État d’Uttar Pradesh, nécessitent d’énormes quantités d’eau pour refroidir leurs serveurs.
Les chiffres donnent le vertige. Le secteur consomme actuellement 150 milliards de litres d’eau par an, un volume qui devrait atteindre 359 milliards d’ici 2030. D’ici 2029, le marché pourrait quadrupler grâce à des investissements estimés à 50 milliards de dollars.
Des incitations fiscales massives
L’Uttar Pradesh mise tout sur cette industrie. L’État vise 2 000 mégawatts supplémentaires de capacité et 2 000 milliards de roupies d’investissements. Pour attirer les entreprises étrangères, des exonérations fiscales ont été accordées jusqu’en 2047.
Google prévoit notamment un projet de 15 milliards de dollars à Visakhapatnam, une ville où la demande en eau dépasse déjà largement l’offre disponible.
Une pression croissante pour réguler
Face à cette situation explosive, le NITI Aayog, organisme gouvernemental de planification, recommande d’intégrer les critères d’eau et d’électricité dans l’évaluation des nouveaux projets industriels.
L’institution propose que les entreprises démontrent la capacité des réseaux locaux à supporter leurs besoins avant toute autorisation. Une mesure qui pourrait freiner l’expansion débridée du secteur.
Un dilemme entre modernité et survie
Le développement de pôles numériques se retrouve ainsi en tension directe avec les besoins fondamentaux de la population. La pression politique et publique s’intensifie pour modérer l’impact de ces infrastructures sur les ressources vitales.
Cette crise révèle les contradictions d’un modèle de développement où l’innovation technologique se fait au détriment de l’accès aux services essentiels pour des centaines de milliers de citoyens.



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