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Infrastructures numériques : la quête de l’IA menace des millions de vies

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L’explosion des infrastructures dédiées à l’intelligence artificielle transforme silencieusement notre environnement. Ces installations colossales, qui stockent et traitent d’immenses quantités d’informations, génèrent une chaleur considérable dont l’ampleur vient tout juste d’être mesurée scientifiquement. Alors que le monde se précipite dans la course technologique, les conséquences thermiques de cette révolution numérique touchent désormais plus de 340 millions de personnes à travers la planète.

Une étude internationale révèle l’ampleur du phénomène

Une équipe de chercheurs dirigée par Andrea Marinoni, professeur associé au groupe Earth Observation de l’université de Cambridge, s’est penchée sur cette question cruciale. Accompagné de neuf collègues de Cambridge et de la Nanyang Technological University de Singapour, il a mené une investigation approfondie pour quantifier précisément la chaleur émise par ces géants numériques.

Les scientifiques ont travaillé sur deux décennies de données, de 2004 à 2024. Leur méthodologie a consisté à analyser les relevés de température de surface fournis par les capteurs de la NASA, puis à croiser ces informations avec la position géographique de plus de 6 700 hyperscalers répartis dans le monde.

Des hausses de température spectaculaires mesurées

Les résultats dévoilent une réalité préoccupante. Après la mise en service d’un centre de données, la température de surface grimpe en moyenne de 2 degrés dans les environs immédiats. Dans les situations les plus extrêmes, cette élévation atteint même 9,1 degrés.

L’impact thermique ne se cantonne pas aux abords directs des installations. La chaleur se propage sur un rayon d’environ 10 kilomètres autour de chaque site, créant de véritables îlots de chaleur artificiels qui s’ajoutent au réchauffement climatique global.

Des exemples concrets à travers le monde

Au Mexique, la région du Bajio, devenue un hub mondial des centres de données, affiche une hausse inexpliquée d’environ 2 degrés sur vingt ans. En Espagne, l’Aragon, qui héberge un centre européen de l’hyperscale, présente la même progression, contrairement aux provinces voisines épargnées par ces infrastructures.

Pour obtenir ces résultats fiables, les chercheurs ont concentré leurs observations sur des sites éloignés des grandes zones urbaines, évitant ainsi les biais liés à l’urbanisation. Ils ont également filtré les variations saisonnières et le réchauffement climatique général pour isoler l’effet spécifique des data centers.

Une expansion massive programmée

L’avenir s’annonce encore plus chaud. Les hyperscalers dédiés à l’intelligence artificielle vont connaître une extension rapide dans les prochaines années. Selon BloombergNEF, les dépenses en capital consacrées à ces infrastructures atteindront 760 milliards de dollars dès 2026.

Ces installations gigantesques, qui hébergent des milliers de serveurs sur plus de 90 000 m², sont pour la plupart récentes. La majorité d’entre elles ont été construites durant la dernière décennie, et leur impact environnemental demeure encore largement méconnu.

Des experts alertent sur l’urgence d’agir

Deborah Andrews, professeure émérite de design pour la durabilité à la London South Bank University, n’a pas participé à l’étude mais s’inquiète de ses conclusions. « La course à l’or de l’IA semble l’emporter sur les bonnes pratiques et la réflexion systémique », observe-t-elle, soulignant que le développement de ces infrastructures va plus vite que la mise en place de solutions durables.

Ralph Hintemann, chercheur senior à l’institut Borderstep pour l’innovation et la durabilité, juge ces chiffres « très élevés ». Il rappelle toutefois que les émissions liées à la production d’électricité pour alimenter les centres de données restent l’aspect le plus sensible de la question.

Un appel au débat

Andrea Marinoni reconnaît les limites de son étude, qui n’a pas encore été validée par les pairs. Il espère néanmoins que ses résultats susciteront une prise de conscience collective. « Il reste peut-être du temps pour envisager une autre voie, sans toucher à la demande en IA », affirme-t-il.

La chaleur dégagée par ces installations s’additionne aux canicules qui se multiplient à cause du dérèglement climatique, aggravant une situation déjà critique pour des millions de personnes exposées à ces températures croissantes.

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