L’IA Albert déçoit : l’espoir des services publics repoussé
L’intelligence artificielle devait révolutionner les services publics français. Conçue pour aider les agents administratifs et faciliter les démarches des citoyens, l’IA Albert, tant vantée par le gouvernement, vient de connaître un revers inattendu. L’expérimentation qui devait ouvrir la voie à une généralisation a révélé des failles importantes.
Un projet ambitieux rapidement freiné
Développée en interne par l’administration française, Albert représentait l’un des projets phares de Gabriel Attal lorsqu’il occupait Matignon. Son objectif était clair : permettre aux agents de répondre plus rapidement et plus précisément aux demandes des usagers.
Le test grandeur nature, déployé dans 48 Maisons France Services, suivait un principe simple. L’agent administratif posait une question à l’outil, qui fouillait dans une base documentaire fiable pour générer une réponse et afficher les références utilisées.
Malheureusement, le verdict est tombé : impossible de généraliser Albert « dans sa forme actuelle ». Les ambitions initiales prévoyaient pourtant une montée en puissance dès 2025 et un élargissement progressif à d’autres services étatiques.
Des erreurs aux conséquences sérieuses
Les organisations syndicales ont rapidement tiré la sonnette d’alarme. Sur le terrain, les agents ont constaté des dysfonctionnements techniques fréquents et, plus inquiétant, des réponses parfois erronées.
Ces inexactitudes n’étaient pas anodines. Loin d’être de simples bugs informatiques, elles pouvaient avoir des conséquences concrètes : compliquer considérablement les démarches des usagers et mettre les agents en difficulté, notamment concernant l’accès aux droits, l’utilisation des formulaires et le suivi des procédures officielles.
La position officielle de la Dinum
Face à ces problèmes, la Direction interministérielle du numérique (Dinum) a dû faire machine arrière. Elle a précisé que l’outil ne serait pas déployé largement « dans sa forme actuelle ».
Pour autant, l’administration n’abandonne pas complètement le projet. Selon la Dinum : « La majorité des projets expérimentaux regroupés sous la marque Albert sont désormais pérennisés et pleinement opérationnels. »
Le futur d’Albert sous une nouvelle forme
Le nom « Albert » désigne également une interface technique permettant aux administrations d’accéder à différents modèles d’intelligence artificielle, intégrant notamment ceux de Mistral, champion français du secteur.
L’évolution vers « Assistant IA »
Le volet conversationnel d’Albert a évolué vers une version améliorée baptisée « Assistant IA ». Ce nouvel outil, qui intègre les modèles de Mistral, est actuellement testé par 10 000 agents publics dans différents ministères, une expérimentation qui se poursuivra jusqu’en juin 2026.
Ses objectifs sont multiples : simplifier la gestion de certaines procédures judiciaires, épauler les enseignants-chercheurs dans leurs appels à projets, et réduire l’utilisation d’outils externes moins sécurisés.
Un retour d’expérience complet est prévu pour l’été 2026, incluant une évaluation du coût d’une éventuelle généralisation.
Une solution spécifique pour France Services
Parallèlement, la Dinum travaille sur un outil d’intelligence artificielle conçu spécifiquement pour les agences France Services, tirant les leçons des écueils rencontrés avec Albert.
Un budget limité mais stratégique
Financièrement, le projet Albert représente une part minime de l’enveloppe annuelle consacrée à l’intelligence artificielle dans l’administration. Cette enveloppe s’élève à 1,2 million d’euros par an depuis 2024.
Cependant, la véritable facture sera déterminée au moment du passage à l’échelle nationale. Les investissements actuels ne sont qu’une fraction de ce que pourrait coûter un déploiement généralisé.
À noter que cette déconvenue survient peu après le lancement, le 23 janvier 2025, d’une autre IA administrative baptisée « Lucie », qui a rapidement essuyé les moqueries des internautes.



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