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L’IA bouleverse les licences open source : vers la fin du copyleft ?

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L’intelligence artificielle bouleverse le monde du développement logiciel d’une manière inattendue. Au-delà de ses capacités à générer du code, elle soulève désormais une question juridique brûlante : peut-elle permettre de contourner les licences open source ? Un cas concret vient d’enflammer la communauté des développeurs.

La bibliothèque Chardet change de licence grâce à Claude

La version 7.0 de Chardet, une bibliothèque Python populaire, a abandonné sa licence GNU Lesser General Public License (LGPL) au profit de la licence MIT. Un changement majeur qui met fin au copyleft, ce mécanisme qui garantit que toute modification du logiciel reste libre et accessible.

Dan Blanchard, le mainteneur principal du projet, explique cette transition par une réécriture complète assistée par l’IA. L’intelligence artificielle Claude, développée par Anthropic, figure même au rang de contributeur officiel. Pour prouver la dissemblance avec le code original, un test a été réalisé avec JPlag, un outil de détection de plagiat.

Des performances spectaculaires en un temps record

Les bénéfices de cette approche semblent impressionnants. La bibliothèque a été réécrite en seulement 5 jours, et la vitesse d’encodage a été multipliée par 41. Cette amélioration des performances s’accompagne d’un objectif stratégique : intégrer Chardet à la bibliothèque standard de Python, une démarche jusqu’alors bloquée par la LGPL.

Le créateur original conteste fermement la manœuvre

Mark Pilgrim, à l’origine de Chardet, n’a pas tardé à réagir sur Github. Il pointe du doigt le fait que les mainteneurs disposaient de l’accès au code source original, ce qui selon lui invalide toute prétention à un travail entièrement nouveau.

Pour le créateur, les protections de la LGPL doivent perdurer. « L’ajout d’un générateur de code sophistiqué ne leur confère aucun droit supplémentaire », martèle-t-il.

Une menace qui dépasse le logiciel libre

Cette affaire révèle une problématique bien plus large que le seul cas Chardet. Elle touche autant les licences copyleft que les logiciels propriétaires, dont le modèle économique pourrait être fragilisé.

La Free Software Foundation tire la sonnette d’alarme

Zoë Kooyman, directrice générale de la Free Software Foundation, ne mâche pas ses mots. « Porter atteinte au copyleft est un acte grave », affirme-t-elle. Elle insiste sur le caractère antisocial de la démarche : « Refuser d’accorder à autrui les droits que l’on a soi-même acquis en tant qu’utilisateur est profondément antisocial, quelle que soit la méthode employée ».

Selon elle, « Le logiciel libre repose sur des communautés d’utilisateurs et de développeurs qui soutiennent fermement le copyleft ». Cette solidarité constitue le fondement même de l’écosystème open source.

Un expert prédit la fin de l’économie logicielle traditionnelle

Bruce Perens, figure historique du projet Debian et auteur de la définition originale de l’open source, va plus loin encore. Il a lui-même reproduit une plateforme de SRE en dix jours grâce à l’IA, démontrant la facilité avec laquelle des logiciels complexes peuvent être clonés.

« Le paradigme des logiciels propriétaires et des logiciels libres est entièrement bouleversé », constate-t-il. Les éditeurs de logiciels propriétaires sont directement menacés : « De nombreux éditeurs de logiciels propriétaires ne survivront pas s’ils dépendent de la protection d’un produit facilement clonable, comme ce que j’ai fait. Celles dont le produit est plus difficile à reproduire continueront probablement à prospérer ».

Vers l’obsolescence des licences logicielles ?

Pour Bruce Perens, l’avenir des licences semble sombre. « Qu’adviendra-t-il des licences logicielles ? Les licences propriétaires semblent presque obsolètes. Il en va probablement de même pour les licences open source, puisque chaque programme open source sert à l’entraînement de l’IA », s’interroge-t-il.

Sa conclusion est sans appel : toute l’économie du logiciel est « morte, disparue, terminée, kaput ! ». Une prédiction qui pourrait redéfinir en profondeur l’industrie du développement logiciel dans les années à venir.

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