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Microsoft sous pression : la FTC enquête sur son contrôle du cloud

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Le géant de Redmond fait face à une offensive réglementaire d’envergure. L’autorité américaine de la concurrence multiplie les investigations pour déterminer si Microsoft abuse de sa position dominante dans les services cloud et les logiciels professionnels. Une situation qui rappelle les grandes batailles antitrust des années 1990.

Une enquête fédérale aux ramifications multiples

La Federal Trade Commission (FTC) a distribué des demandes d’enquêtes civiles (CID) à une douzaine d’entreprises spécialisées dans le logiciel et le cloud. L’objectif : recueillir leurs témoignages sur les méthodes commerciales de Microsoft.

Cette démarche, initiée il y a près de dix-huit mois, constitue généralement le prélude à une plainte formelle ou une action judiciaire. Les autorités fédérales tentent de démontrer que l’entreprise complique artificiellement, renchérit ou bloque carrément l’utilisation de ses produits phares sur les plateformes concurrentes.

Dix années de données passées au crible

En novembre 2024, la FTC a contraint Microsoft à transmettre une décennie complète d’informations, couvrant la période 2016-2025. Cette réquisition massive vise à analyser en profondeur les pratiques de regroupement entre les logiciels de productivité Office et les solutions de sécurité avec les services cloud.

L’agence examine minutieusement la manière dont Microsoft structure ses licences pour entraver la migration des clients vers des offres rivales.

Des pratiques de vente liée sous surveillance

Les investigations portent notamment sur les offres groupées contestées. Le gouvernement fédéral soupçonne Microsoft de monopoliser illégalement des segments de marché cruciaux en rendant quasi impossible l’utilisation de Windows, Office ou d’autres produits sur les infrastructures cloud de la concurrence.

Le programme des fournisseurs répertoriés pointé du doigt

Le système Listed Providers de Microsoft interdit le déploiement de logiciels sur site chez certains hébergeurs cloud majeurs — Amazon, Google, Alibaba — sans disposer des droits de mobilité et du programme Software Assurance (SA).

Depuis octobre 2019, les règles se sont durcies. Microsoft exclut stratégiquement certains produits essentiels de son programme License Mobility : Windows Server, Visual Studio, Windows Desktop OS, Office et Microsoft 365.

Le déploiement de ces solutions dans un environnement cloud dédié nécessite désormais des licences acquises avec SA et droits de mobilité, uniquement auprès des fournisseurs répertoriés, éliminant les services d’externalisation traditionnels.

L’abonnement E5, un choix imposé selon les critiques

L’offre premium Microsoft 365 E5 est décrite comme le « seul choix économique viable à court terme » comparé aux alternatives moins onéreuses, même si une « quantité importante de logiciels est inutilisée ».

Scott Bickley, conseiller chez Info-Tech Research Group, souligne que « les licences de plusieurs produits de sécurité sont obscures et, lors des audits, Microsoft oblige souvent les clients à mettre à niveau l’ensemble de leur suite vers E5 afin d’être en conformité ».

Les mesures européennes sans effet outre-Atlantique

Microsoft a ajusté certaines politiques suite aux réclamations, particulièrement en Europe. Les décisions de l’Union européenne ont imposé la séparation de Teams de la suite Office.

Pourtant, selon Scott Bickley, « ironiquement, ce dégroupage a entraîné une augmentation nette des prix pour les consommateurs de l’UE ».

Un accord non respecté avec le CISPE

Mi-2025, Microsoft a accepté de verser 20 millions d’euros aux petits opérateurs cloud exclus et de réviser ses conditions de licence suite à un arrangement avec le consortium CISPE.

M. Bickley observe que des plaintes récentes affirment que l’entreprise n’a pas honoré cet engagement. Il précise qu’« il est important de noter que ces « demi-mesures » prises par l’UE ne s’appliquent pas aux clients américains de Microsoft ».

OpenAI et l’IA : une relation scrutée

La FTC s’intéresse également aux liens entre Microsoft et OpenAI. L’agence examine les centres de données, les contraintes de capacité, les dépenses et la recherche en intelligence artificielle.

L’investissement initial d’un milliard de dollars s’est transformé en un partenariat de plusieurs milliards, avec l’intégration de fonctionnalités basées sur ChatGPT dans les produits Microsoft dès 2023.

Une fusion déguisée ?

Les enquêteurs cherchent à déterminer si cette collaboration dissimule une fusion qui aurait dû faire l’objet d’un examen antitrust. L’agence examine également l’hypothèse selon laquelle Microsoft aurait réduit ses propres recherches en IA après son investissement dans OpenAI, limitant ainsi la concurrence.

Un récidiviste selon les experts

Scott Bickley ne mâche pas ses mots : « Dire que Microsoft est un récidiviste dans la violation des lois antitrust serait l’euphémisme du siècle. »

Il poursuit : « Microsoft a plutôt pour habitude de demander pardon que de demander la permission et l’entreprise profite de sa taille pour imposer des produits groupés à sa clientèle. »

Des méthodes inchangées depuis 1998

Cette affaire rappelle l’enquête fédérale des années 1990 sur le monopole de Microsoft dans les logiciels bureautiques et les navigateurs web. À l’époque, un juge fédéral avait conclu que Microsoft avait délibérément intégré Internet Explorer à Windows pour éliminer des concurrents comme Netscape.

M. Bickley constate : « Même si la technologie et les tendances ont évolué depuis la première affaire antitrust contre Microsoft en 1998, qui l’avait contrainte à dissocier IE du système d’exploitation Windows, ses tactiques sont restées remarquablement les mêmes. »

Copilot, la prochaine pomme de discorde

Les préoccupations s’étendent au regroupement ou à l’intégration potentiels de services d’IA comme Copilot. Selon Scott Bickley, ces services présentent des mesures de consommation ambiguës et seront « difficiles, voire impossibles, à désactiver pour les administrateurs IT ».

Il suit de près l’évolution des outils d’intelligence artificielle et des innovations numériques. Spécialisé dans les usages concrets de l’IA, il teste, compare et explique les solutions qui transforment la productivité, la création de contenu et l’automatisation au quotidien.

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