S3ns, le cloud français, séduit EDF et France Travail avec des certifications clés
La souveraineté numérique s’impose comme un enjeu stratégique majeur pour les entreprises et les administrations françaises. Dans ce contexte, les solutions de cloud de confiance se multiplient, portées par des acteurs qui promettent de concilier puissance technologique et protection des données sensibles.
Un acteur qualifié qui monte en puissance
Fruit de l’alliance entre Thales et Google, S3ns a franchi une étape décisive en obtenant la qualification SecNumCloud 3.2 délivrée par l’Anssi en décembre dernier. Cette certification concerne son offre cloud public baptisée Premi3ns, qui englobe des services IaaS, PaaS et CaaS.
L’entreprise ne s’est pas arrêtée là. Elle a récemment décroché la certification HDS pour l’hébergement des données de santé, ainsi que la norme ISO 27001, renforçant ainsi sa crédibilité sur les segments les plus exigeants du marché.
Un sommet parisien pour afficher ses ambitions
Le S3ns Summit, organisé au prestigieux Palais Brongniart dans la capitale, a rassemblé près de 2 400 participants. L’événement a permis à la co-entreprise de présenter sa vision et ses avancées technologiques devant un public composé d’acteurs publics et privés.
Une clientèle dominée par le secteur privé
Actuellement, S3ns compte environ 70 clients. La majorité d’entre eux provient du monde de l’entreprise, le secteur public ne représentant qu’environ 20% du portefeuille. Les administrations restent pour l’instant au stade des PoC, des projets pilotes destinés à évaluer la pertinence de la solution.
France Travail explore les possibilités
Samir Amelal, directeur des systèmes d’information de France Travail, mène actuellement une phase de sélection du cloud de confiance pour « accélérer l’innovation ». L’organisme s’intéresse particulièrement à des services comme Composer, Eventarc pour l’architecture événementielle, ou encore GKE pour la gestion des conteneurs Kubernetes.
Le DSI précise : « nous regardons les différents cas d’usage qui pourront aller sur le cloud souverain ». Une approche pragmatique qui témoigne de la prudence des acteurs publics dans leur migration vers ces nouvelles infrastructures.
EDF fait le choix de S3ns pour son système de gestion
Le géant de l’énergie a retenu S3ns et Bleu comme cloud de confiance pour son système d’information de gestion. Il convient de noter que cette décision ne concerne pas les systèmes critiques de commande et de contrôle des équipements nucléaires.
Ayhan Saleh Yldiz, directeur des systèmes d’information nucléaire, explique : « Nous travaillions déjà avec Google Cloud dans le cadre de notre stratégie de cloud public. Avec le cloud de confiance, nous allons pouvoir aller plus loin notamment autour de l’IA ».
Une accélération de la qualification des services
S3ns a engagé des discussions avec l’Anssi pour raccourcir les délais de validation des nouveaux services. La procédure habituelle, qui s’étale sur six mois, pourrait être ramenée à quelques semaines seulement.
La méthode envisagée repose sur une approche simplifiée : « S’il n’y a pas de changement de paradigme de sécurité, nous adresserons directement à l’Anssi une analyse de risque plus des pentests pour ensuite attendre la validation ». Cette procédure devrait prendre « de l’ordre du mois ».
Trente services ont déjà été validés, parmi lesquels figurent BigQuery et Compute Engine, deux piliers de l’offre Google Cloud.
L’intelligence artificielle au cœur de la stratégie
L’IA générative représente un axe majeur du développement de Premi3ns. Vertex AI est attendu pour le second semestre 2026. Son déploiement se fera progressivement : « Elle sera disponible par brique avec en premier lieu le model garden, c’est-à-dire la capacité d’avoir le choix de différents LLM ».
S3ns travaille actuellement sur l’intégration des modèles de Mistral et Gemma de Google. Le modèle Gemini, fleuron de Google dans le domaine de l’IA, devrait également être accessible prochainement sur la plateforme souveraine.
Des GPU de nouvelle génération
Pour accompagner ces développements, l’entreprise proposera bientôt du GPU as a service avec les processeurs B200 de Nvidia, spécialement conçus pour les charges de travail d’intelligence artificielle.
Un enrichissement continu du catalogue
Le calendrier de déploiement des services s’étale sur les deux prochaines années. En 2026, les clients pourront bénéficier de Cloud Run pour le calcul managé, de Filestore pour le stockage de fichiers, et de Dataproc pour les traitements Spark et Hadoop.
L’année 2027 verra arriver Alloy DB, une solution PostgreSQL managée, ainsi que Dataflow pour l’analyse de flux de données en temps réel.
L’écosystème partenaires en construction
Cyprien Falque, directeur général de S3ns, affiche sa volonté d’élargir l’offre : « Il s’agit d’un vrai enjeu pour accueillir sur notre plateforme des éditeurs, des SSII, des intégrateurs ».
Un programme EAP (early adopter program) a été lancé avec des spécialistes comme Memority dans la cybersécurité et la gestion des identités, ou encore la start-up Pigment spécialisée dans la planification financière.
Cap sur l’Europe pour démultiplier le potentiel
S3ns ne compte pas limiter son action au territoire français. L’entreprise vise un développement dans d’autres pays européens, avec probablement l’Allemagne comme première destination.
Cyprien Falque justifie cette stratégie : « Avec cette expansion, le marché adressable sera plus important et nous serons plus résilient ». Une logique économique qui se heurte toutefois à un obstacle de taille.
Le défi de l’harmonisation européenne
L’absence de standards communs en matière de certification cloud au niveau européen complique l’expansion transfrontalière. Les débats récents autour du schéma EUCS et de l’intégration de l’immunité aux lois extraterritoriales illustrent la complexité du sujet.
Chaque pays maintient ses propres exigences, obligeant les opérateurs à multiplier les démarches de qualification pour servir une clientèle européenne.



Laisser un commentaire