Transition forcée à Windows 11 : 400 millions de PC menacés d’obsolescence
La transition forcée vers Windows 11 provoque une onde de choc dans le monde numérique. Alors que Microsoft met fin au support standard de Windows 10 en octobre 2025, les organisations se retrouvent face à un dilemme écologique et économique majeur. Cette situation met en lumière la contradiction entre les discours sur la durabilité numérique et les pratiques commerciales des géants technologiques.
Une facture environnementale colossale
Selon les estimations les plus alarmantes, près de 400 millions d’appareils pourraient être mis au rebut dans le monde. L’analyse de GreenIT.fr, basée sur une étude Canalis de 2024, évalue à 240 millions le nombre de PC non reconditionnables en raison des exigences techniques de Windows 11.
Cette mise au rebut massive représenterait un potentiel de réchauffement global de 37,3 millions de tonnes d’équivalent CO2 et une consommation d’eau dépassant 25 milliards de mètres cubes, uniquement pour le renouvellement du matériel.
« L’enjeu du passage à Windows 11 réside d’abord dans son coût environnemental », souligne Edwige Bach, PDG d’IJO. En effet, l’Ademe estime que la fabrication d’une machine équivaut à 300 kg d’équivalent CO2, créant un pic d’émission difficile à compenser pour les entreprises concernées.
Les grandes entreprises s’adaptent, les petites structures en difficulté
Face à cette échéance, une disparité flagrante apparaît entre les grandes organisations et les structures plus modestes.
Des grandes entreprises déjà préparées
BNP Paribas affirme que la fin du support de Windows 10 n’a pas eu d’impact grâce à sa politique de renouvellement anticipé. Du côté du Cigref, Henri d’Agrain, délégué général, observe : « Les grandes entreprises ont adapté leur parc avant l’échéance d’octobre 2025. Elles ont pris leurs pertes écologiques sur les dernières années ».
PME et secteur public sous pression
Pour les PME, collectivités et établissements scolaires, la réalité est tout autre. La Région Ile-de-France a dû remplacer 500 postes sur 2 400, soit plus de 20% de son parc informatique.
Dans les lycées français, la facture est particulièrement lourde. Alexis Kauffmann, chef de projet au ministère de l’Éducation nationale, évalue le coût du remplacement à 100 millions d’euros, correspondant à environ 30% du parc informatique scolaire.
Tristan Labaume, président de l’Alliance GreenIT, confirme ce décalage : « elles n’ont tout simplement pas le budget pour ce faire », explique-t-il en parlant des PME confrontées à cette migration forcée.
Un modèle économique contesté
La stratégie de Microsoft impose des exigences matérielles strictes pour Windows 11, dont une puce de sécurité TPM 2.0 et un processeur postérieur à 2020.
Des accusations d’obsolescence programmée
Dès octobre 2021, le Cigref alertait : « Le déploiement progressif de Windows 11 en entreprise engendrera le remplacement des ordinateurs de plus de 3-4 ans, en raison de la puissance de calcul et la mémoire vive requises pour fonctionner ».
Stéfane Fermigier, co-président du CNLL, dénonce quant à lui le coût supporté par les contribuables pour remplacer « des ordinateurs parfaitement fonctionnels, mais déclarés obsolètes par un éditeur privé ».
Des contradictions avec les engagements RSE
Étonnamment, le rapport RSE 2024 de Microsoft ne mentionne pas cette facture environnementale, préférant mettre en avant les fonctions d’économie d’énergie de Windows 11.
Cette situation a conduit plusieurs associations de DSI à appeler Microsoft à « mettre en cohérence son discours public et la réalité de sa politique commerciale », l’accusant de limiter ses engagements environnementaux à de simples déclarations.
Des alternatives existent pour les organisations
Face à cette impasse, plusieurs options s’offrent aux responsables informatiques.
Prolonger l’utilisation de Windows 10
Microsoft propose un support étendu contre rémunération : 61 $ HT par poste la première année, avec des prix croissants sur trois ans maximum.
« Cela se traduit certes par un surcoût, mais on ne remplace pas l’équipement tout de suite ; cette option permet de gagner un à deux ans », note Edwige Bach.
La migration vers Linux comme solution durable
Tristan Labaume considère Linux comme la seule alternative « viable, sécurisée et pérenne ». Ce système d’exploitation peut fonctionner sur des PC de plus de dix ans sans exiger la puce TPM 2.0.
« Microsoft a multiplié par 80 les ressources nécessaires au bon fonctionnement de Windows, sans que les fonctionnalités n’évoluent dans ces proportions et avec une interface utilisateur qui n’a pas beaucoup changé », argumente-t-il.
Des initiatives encourageantes émergent dans le secteur éducatif. Alexis Kauffmann observe que « Situation géopolitique, crise budgétaire, impératif écologique, maturité grandissante de Linux, besoins d’éducation au numérique : les planètes sont aujourd’hui alignées ».
Windows 12 à l’horizon : vers une nouvelle vague d’obsolescence
Le problème risque de s’amplifier avec l’arrivée prochaine de Windows 12, dont les exigences matérielles s’annoncent encore plus élevées.
Focalisé sur l’intelligence artificielle, le futur système nécessitera des ordinateurs dotés d’un NPU (Neural Processing Unit) capable de traiter 40 000 milliards d’opérations par seconde.
Pavan Davuluri, président de Microsoft Windows & Devices, présente cette évolution comme bénéfique : « Windows évolue vers un système d’exploitation agentique, connectant les terminaux, le cloud et l’IA pour libérer une productivité intelligente et sécuriser le travail partout ».
Cette orientation promet cependant un nouvel « écrémage » des parcs informatiques, puisque les premiers processeurs Intel équipés de NPU ne sont apparus que fin 2023.



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