Cloud souverain: la France rompt avec Microsoft pour sécuriser les données de santé
Un virage stratégique s’opère dans la gestion des données de santé en France. Après des années de controverses, le Health Data Hub s’apprête à tourner définitivement la page Microsoft Azure pour privilégier une solution d’hébergement 100% souveraine, répondant aux exigences de sécurité nationale et aux préoccupations croissantes concernant la protection des données sensibles des patients français.
Un appel d’offres pour sortir définitivement des solutions américaines
Le 9 février, le Health Data Hub lancera officiellement un appel d’offres public visant à sélectionner un prestataire cloud disposant de la certification SecNumCloud. Cette initiative marque une rupture définitive avec Microsoft Azure, dont le choix avait suscité de vives critiques depuis 2019, notamment en raison des risques d’extraterritorialité des données.
Cette démarche s’inscrit dans une volonté gouvernementale de garantir que les données de santé françaises soient hébergées dans un environnement « sécurisé, résilient et non soumis aux législations extracommunautaires », comme le précise le communiqué officiel.
Une procédure accélérée et élargie
Les ministères de la Santé, de la Fonction publique et de l’Intelligence artificielle ont conjointement annoncé que la procédure de mise en concurrence s’effectuera via le marché Nuage Public de l’Ugap. Cette nouvelle approche va plus loin que le projet intercalaire initialement prévu.
En effet, le périmètre de l’appel d’offres s’étend désormais à l’ensemble de l’infrastructure, couvrant non seulement l’hébergement des données sensibles mais également « la mise à disposition d’environnements de traitement sécurisé pour tous les porteurs de projets ». La solution précédemment envisagée, qui ne concernait que l’hébergement, a donc été abandonnée au profit d’une transformation plus complète.
Une accélération du calendrier
Cette nouvelle approche permet paradoxalement de gagner du temps dans le processus de migration. Selon Lise Alter, directrice de cabinet de la ministre de la Santé, « L’objectif est que la plateforme soit opérationnelle [après la bascule] fin 2026. Dans le cadre de la solution intercalaire, cela aurait eu lieu au mieux mi-2027, et avec une solution technologique ne couvrant pas l’ensemble du besoin. Donc, c’était la perspective de devoir rebasculer à moyen terme vers une autre ».
Le calendrier prévoit la publication du cahier des charges le 9 février, suivie de l’attribution du marché fin mars 2026, pour une migration complète prévue fin 2026.
Un enjeu stratégique pour la souveraineté numérique française
Les autorités françaises soulignent l’importance cruciale de cette transition pour l’indépendance technologique du pays. Lise Alter a notamment affirmé : « Dans le contexte actuel, c’est extrêmement stratégique pour la France et cela va nous permettre à la fois d’accélérer les délais d’accès aux données de santé et d’assurer le caractère souverain de notre hébergement en matière de données de santé au service de la transformation de notre système de santé. »
Des solutions techniques déjà disponibles
La faisabilité technique de ce projet a été confirmée par une mission d’expertise réunissant plusieurs organismes de référence (Dinum, Inria, Anssi, APHP). Leurs conclusions sont formelles : des solutions cloud certifiées SecNumCloud existent déjà sur le marché français et sont parfaitement capables de répondre aux exigences du cahier des charges du Health Data Hub.
Cette transition vers un cloud souverain marque donc une étape importante dans la politique de gestion des données de santé en France, conciliant impératifs de développement de la recherche médicale et protection des informations sensibles des patients.



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