Experts québécois : les architectes invisibles de l’intelligence artificielle mondiale
Dans l’ombre du boom technologique mondial, une armée d’experts québécois participe discrètement à façonner les intelligences artificielles de demain. Médecins, traducteurs, mathématiciens ou spécialistes financiers : tous mettent leur savoir au service de géants américains pour des rémunérations qui dépassent largement les standards locaux.
Un marché lucratif porté par des géants valorisés en milliards
Deux entreprises américaines dominent ce secteur discret mais florissant. Mercor, valorisée à pas moins de 10 milliards de dollars, et sa concurrente micro1, évaluée à 500 millions, orchestrent ce réseau mondial de consultants.
Ces sociétés emploient des dizaines de milliers de personnes à travers la planète, recrutant notamment à Montréal dans des domaines variés : finance, immobilier, commerce de détail, mathématiques, physique et nutrition.
Leur mission ? Perfectionner les technologies destinées à des clients prestigieux comme OpenAI, Anthropic et Microsoft.
Des professionnels québécois bien payés pour leur expertise
Un oncologue dans les coulisses de l’IA médicale
Denis Soulières, hématologue et oncologue, a été approché par micro1 pour une mission inhabituelle. Il consacre entre 2 et 10 heures hebdomadaires à entraîner une plateforme médicale développée par un géant de l’IA qu’il ne peut divulguer.
Sa rémunération dépasse les 200 dollars américains de l’heure. Au-delà de l’aspect financier, il dit vouloir participer activement au développement des outils médicaux de demain.
Une traductrice au service des codes culturels québécois
Monique Provost, traductrice semi-retraitée, collabore simultanément avec Mercor et micro1. Son travail consiste à annoter des photos, vidéos et fichiers sonores pour y intégrer les particularités culturelles québécoises.
Payée entre 35 et 50 dollars l’heure, elle a également découvert une communauté professionnelle internationale qu’elle ne soupçonnait pas.
Des inégalités criantes dans le traitement des travailleurs
Si certains experts québécois profitent généreusement de cette économie numérique, le tableau n’est pas aussi reluisant partout. Jean-François Sénéchal, spécialiste en éthique à l’Université Laval, tire la sonnette d’alarme.
Il souligne les inégalités flagrantes dans le traitement des travailleurs participant à l’entraînement des IA. Pendant que des professionnels occidentaux empochent des centaines de dollars, des travailleurs au Kenya ou en Colombie accomplissent des tâches répétitives pour des salaires dérisoires.
Cette distinction entre experts bien rémunérés et la majorité des travailleurs en intelligence artificielle pose de sérieuses questions éthiques sur ce marché en pleine expansion.
Un phénomène documenté par L’actualité
Ce reportage inédit a été publié dans le numéro de juin 2026 du magazine L’actualité, sous le titre « Experts à la tâche ». Il lève le voile sur une réalité méconnue du grand public mais qui façonne déjà notre avenir technologique.



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