Google Cloud défie les leaders avec son expansion massive en France
Le géant californien n’est plus un simple concurrent parmi tant d’autres sur le marché du cloud computing. Avec une croissance spectaculaire et des ambitions renouvelées en Europe, l’entreprise affiche désormais ses succès et entend bien poursuivre son offensive, notamment en France et en Allemagne.
Une croissance fulgurante en cinq ans
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : entre 2021 et 2026, Google Cloud a fait exploser son chiffre d’affaires, passant de 19 milliards de dollars à 58,7 milliards. La filiale, qui accusait une perte de plus de 3 milliards de dollars il y a cinq ans, affiche aujourd’hui des bénéfices de 12 milliards.
Cette performance s’accompagne d’une progression significative de sa part de marché, qui grimpe à 14 % contre 10 % en 2021. L’entreprise se positionne désormais comme un acteur incontournable, capable de rivaliser avec les leaders historiques du secteur.
Paris accueille plus de 3 500 professionnels du cloud
Le 4 juin dernier, la capitale française a accueilli le Cloud Summit 2026, un événement rassemblant plus de 3 500 clients et partenaires de Google Cloud. L’occasion pour la firme de réaffirmer sa stratégie de conquête sur le territoire français.
Anthony Cirot, vice-président EMEA South de Google Cloud, a souligné l’ampleur des investissements réalisés : « Nous avons énormément investi et créé 140 zones de cloud, un réseau dédié pour connecter l’ensemble de ces datacenters et énormément investi pour mettre les dernières puces [NDLR: l’entreprise a présenté en avril dernier les TPU 8t et 8i] à votre disposition sur l’ensemble de ces zones. »
Un portefeuille de clients prestigieux en France
Pour démontrer son ancrage dans l’Hexagone, Google Cloud a mis en avant une liste impressionnante de références. Parmi elles : AG2R La Mondiale, Axa, BPCE, Carrefour, Doctolib, France Travail, L’Oréal ou encore Renault.
Cette diversité de secteurs (assurance, distribution, santé, automobile) témoigne de la capacité de l’entreprise à s’adapter aux besoins spécifiques de chaque industrie.
S3ns obtient le précieux label SecNumCloud
La question de la souveraineté des données représente un enjeu crucial en Europe. Pour y répondre, Google Cloud s’appuie sur S3ns, sa co-entreprise créée avec Thales.
Cyprien Falque, directeur général de S3ns, a annoncé une avancée majeure : « En décembre dernier, tel un cadeau de Noël, nous avons reçu la labellisation SecNumCloud qui fait définitivement de S3ns le premier hyperscaler européen à disposer de ce label. »
Extension du modèle outre-Rhin
Fort de ce succès, le partenariat entre Google Cloud et Thales s’étend désormais à l’Allemagne. Une deuxième région, similaire à celle déployée en France, verra le jour fin 2026.
Cette entité sera rattachée à 100 % à Thales Allemagne et proposera des services équivalents à Premi3ns. Actuellement en phase de test chez quelques clients pilotes, elle ouvrira à tous les utilisateurs d’ici la fin de l’année.
Cyprien Falque a justifié cette expansion : « L’enjeu est d’adresser le marché allemand qui est le marché cloud le plus important avec la France et dont les besoins de souveraineté sont importants aussi, et que notre partenariat prenne aussi une dimension européenne. »
Conformité et sécurité maximale
La solution allemande vise à répondre aux exigences du C3A, un référentiel particulièrement strict en matière de sécurité et d’opérations cloud. Des secteurs régulés comme la finance, la santé ou le secteur public manifestent déjà leur intérêt.
Cyprien Falque a précisé : « Nous avons le soutien du BSI allemand et l’offre est conçue pour répondre le mieux possible aux exigences du modèle C3A (un référentiel d’exigences techniques, opérationnelles et de sécurité pour les services cloud). »
Cette architecture permettra aux entreprises françaises et allemandes de bénéficier de deux régions avec une technologie identique, garantissant la reprise après sinistre, le back-up et la protection des données.
Un fonctionnement sous contrôle Thales
Le modèle opérationnel de S3ns assure une maîtrise totale de la sécurité. Cyprien Falque a détaillé le processus : « Les trois datacenters dans chaque région sont opérés physiquement par des entités Thales, avec uniquement des employés de S3ns qui pourront maintenir le hardware, sur la partie logicielle Google envoie les mises à jour en continue dans une zone de quarantaine vérifiée par Thales avec la possibilité de valider le code source si besoin et ensuite c’est S3ns qui opère, administre et monitore les alertes en étant les seuls à avoir la main, avec le support client 1,2,3 et la contractualisation. »
L’intelligence artificielle au service de la santé
Doctolib, acteur majeur de la santé numérique en France, a partagé son expérience d’utilisation de l’IA générative lors de l’événement parisien.
Nacim Rahal, vice-président data et IA de l’entreprise, a expliqué : « Dans le domaine de la santé toutes les données sont quasiment non structurées et sont très difficiles à traiter par des modèles traditionnels de machine learning, avec les LLM nous avons passé un cap en termes de complexité des produits que l’on développe pour améliorer le quotidien des soignants qui passent une bonne partie de leur journée sur des tâches administratives. »
Un assistant pour alléger les tâches administratives
Depuis 2023, Doctolib déploie un assistant IA capable de retranscrire les conversations avec les patients, de résumer les notes de consultation, de structurer et codifier les données médicales avant de les stocker dans le dossier médical.
Mais la mise en place d’une telle solution ne s’est pas faite sans défis. Nacim Rahal a insisté sur l’importance de l’évaluation : « Nous devions nous assurer que les outils IA fassent ce qu’ils doivent faire. Il n’y a pas de recette magique, c’est énormément de travail d’évaluation sur lequel on passe 80 % de notre temps contre 20 % pour le développement. »
Pour garantir la fiabilité de ses systèmes, Doctolib a créé un laboratoire dédié à l’IA en partenariat avec l’Inria, permettant de mesurer la certitude des prédictions ou d’anticiper des événements médicaux.
Des agents IA pour organiser un marathon virtuel
Alexandre Caussignac, directeur de l’expérience client chez Google Cloud France, a illustré les capacités des agents IA à travers une démonstration spectaculaire : l’organisation d’un marathon nocturne fictif dans la capitale, accompagné d’un jumeau numérique de Paris.
Plusieurs agents spécialisés ont été mobilisés : un planificateur pour définir les parcours, un évaluateur pour vérifier la conformité aux critères, et un simulateur pour effectuer des courses tests. L’intelligence artificielle permettait de prévoir le déroulement complet en fonction du nombre de participants.
Analyse des performances en temps réel
Des agents dédiés à chaque coureur et à l’organisateur optimisaient la course en temps réel. Les données des montres connectées, exportées dans Big Query, étaient analysées via Conversational Analytics.
Alexandre Caussignac a expliqué : « Nous avons mis à disposition des coureurs la capacité de pouvoir exporter l’intégralité de leurs données brutes via leurs montres connectées dans Big Query pour comprendre ces données au format brut avec Conversational Analytics pour proposer une sémantique à ces agents pour qu’ils puissent poser des questions comme par exemple la corrélation entre la fatigue et la dérive cardiaque des coureurs sur les derniers mois. »
Ajustements stratégiques pendant la course
Dans un scénario simulé de pluie rendant le terrain glissant, l’analyse croisée des vitesses, dérives cardiaques et modèles de chaussures via Big Query et AlloyDB a permis d’identifier 2 000 coureurs à risque.
Ces participants ont été notifiés pour adapter leur allure : ralentir sur une portion dangereuse et accélérer sur une autre, déclenchant ainsi un « negative split » pour optimiser leur performance globale.



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