Quobly, pépite grenobloise, convoitée par un géant suisse pour 172 millions d’euros
Un nouveau chapitre s’écrit dans l’industrie quantique européenne. La pépite grenobloise Quobly, spécialiste des processeurs quantiques sur silicium, pourrait bientôt changer de mains. Une négociation exclusive vient d’être entamée avec le géant suisse SealSQ, pour une transaction potentielle qui fait déjà grand bruit dans le secteur technologique.
Un accord stratégique à plusieurs étapes
SealSQ, filiale du groupe de cybersécurité genevois Wisekey, a formulé une offre de rachat pouvant atteindre 172 millions d’euros pour acquérir la jeune entreprise grenobloise. Cette proposition intervient seulement deux mois après l’établissement d’un partenariat entre les deux entités.
L’opération se déroulera en plusieurs phases. Dans un premier temps, SealSQ prendra une participation minoritaire au capital de Quobly, avec la possibilité d’obtenir ultérieurement une position majoritaire.
La transaction reste soumise aux conditions réglementaires et de marché habituelles, mais l’intention est claire : accélérer l’émergence d’une technologie quantique sécurisée et industrialisable à l’échelle européenne.
« Cette opération s’inscrit pleinement dans la stratégie quantique de SealSQ et est soutenue en partie par son fonds, conçu pour accélérer l’émergence de technologies quantiques souveraines, sécurisées et industrialisables à l’échelle européenne », indique le communiqué officiel.
Quobly, l’étoile montante du quantique français
Des origines prestigieuses
Fondée en 2022 à Grenoble par Maud Vinet et Tristan Meunier, Quobly (anciennement Siquance) est issue des laboratoires du CEA-Leti et du CNRS. La jeune pousse s’est rapidement imposée comme un acteur majeur dans l’écosystème quantique français.
Avec environ 10 millions d’euros de revenus, l’entreprise a su convaincre les investisseurs. Elle a levé 19 millions d’euros en 2023, puis obtenu un financement de 21 millions d’euros en mai dernier, dont 15 millions sous forme de subvention de Bpifrance pour industrialiser la production de son Q100T.
Avant cette proposition de rachat, Quobly prévoyait de lever 115 millions d’euros en 2024 pour poursuivre le développement de son système quantique.
Une technologie unique sur silicium
La force de Quobly réside dans sa technologie de pointe. L’entreprise développe des processeurs quantiques basés sur des qubits de spin gravés sur silicium en technologie FD-SOI 28 nm.
« Grâce à la technologie FD-SOI, nous pouvons fabriquer des puces qui intègrent des processeurs CMOS standard et des qubits. Le fait de placer les composants électroniques de contrôle juste à côté de nos qubits garantit un contrôle et des performances supérieurs. L’élimination des composants électroniques de contrôle externes encombrants rend notre produit évolutif et rentable. », explique Quobly.
La startup travaille sur une puce quantique à 100 qubits physiques tolérante aux pannes (Q100T) et développe parallèlement un émulateur quantique résistant aux erreurs, baptisé QPerfect. Pour la fabrication de ses puces, l’entreprise fait appel à STMicroelectronics.
SealSQ, le spécialiste suisse de la sécurité quantique
Le potentiel acquéreur, SealSQ, est une société suisse spécialisée dans la cybersécurité quantique. Filiale du groupe Wisekey, elle a développé plusieurs technologies de pointe dans ce domaine.
Parmi ses innovations figurent des micro-contrôleurs résistants aux attaques quantiques, dont les premiers modèles de tests ont été livrés fin 2024. SealSQ a également mis au point des algorithmes de sécurité optimisés pour les systèmes embarqués et développé QVault-TPM, un module de plateforme sécurisée contre les attaques quantiques.
L’entreprise suisse s’est également distinguée par sa collaboration avec la startup française ColibriTD pour améliorer le rendement des wafers sub 7-nm destinés aux applications quantiques.
Une ambition commune pour l’Europe du quantique
L’objectif affiché de ce rapprochement est de créer une plateforme de référence pour le calcul quantique « secure by design ». Cette solution répondrait aux besoins spécifiques des entreprises et organisations dans les secteurs de la défense, du renseignement, des services financiers et de la pharmacie.
Cette alliance stratégique intervient dans un contexte de forte dynamique pour le secteur quantique français. Récemment, une autre startup française du domaine, C12, a reçu 13,9 millions d’euros de subventions de Bpifrance.
La reconnaissance de Quobly ne date pas d’hier. L’entreprise grenobloise a été sélectionnée pour la promotion 2025 du programme French Tech 2030 il y a seulement deux mois, confirmant son statut de pépite technologique à fort potentiel.



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